Montréal, 27 octobre 2001  /  No 91  
 
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    Carl-Stéphane Huot est étudiant en génie mécanique à l'Université Laval.
 
OPINION
 
POURQUOI CHANGER LES VALEURS OCCIDENTALES?
 
par Carl-Stéphane Huot
  
 
     « La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes. »
 
Winston Churchill
 
  
          Certains individus, notamment de gauche, se servent de tous les prétextes pour remettre en question les prétendues valeurs dominantes de l'Occident, qui se résumeraient selon eux à l'argent et à l'individualisme ainsi qu'à une recherche d'influence par tous les moyens des pays riches sur les pays pauvres. Ils voudraient que nous les suivions sur la route du collectivisme à gogo. Les événements du 11 septembre dernier sont une autre occasion pour cette faction de repartir ce débat. Pourtant, nos démocraties occidentales ont somme toute un bilan positif.
 
Tout le monde crie 
  
          Oui, les démocraties occidentales sont criardes. La gauche crie après la droite, la droite après la gauche, les pro-trucs traitent les contre-machins de conservateurs, d'anarchistes, de tout ce que vous voulez. Les groupes de pression de tous poils cherchent à avoir de l'influence sur les politiques des gouvernements et indirectement cherchent à amener la population à penser comme eux. La gauche, quoiqu'elle prétende agir pour le bon peuple, est tout aussi agressive que la droite à ce sujet. 
  
           Il y a toujours quelqu'un quelque part pour annoncer que tout fout le camp, surtout les « vraies » valeurs. Que ce soit un sénateur américain qui lance une croisade pour la pureté de l'Amérique ou un manifestant antimondialisation qui dénonce le G8, l'OMC ou le FMI, tous cherchent à gagner de l'influence sur la manière de penser et d'agir d'autrui. 
  
          Les valeurs humaines sont à la fois objectives et subjectives. Elles sont une combinaison de ce qu'est l'individu, de ce qu'il a reçu comme éducation, de ses expériences et de ses influences. Celles-ci sont amenées à se modifier au cours des années, l'humain étant par sa nature un être éminemment adaptable. L'influence que les gens peuvent avoir sur nous dépend de ce que nous voulons bien qu'elle soit. Ainsi, généralement, nos amis et nos parents proches sont souvent ceux qui peuvent nous amener le plus facilement à changer. 
  
Des sociétés ouvertes 
  
           Nos sociétés occidentales se sont bâties d'une manière exceptionnelle: en cherchant le contact avec autrui, en accueillant des immigrants, en laissant une large place au débat public, en laissant une assez bonne liberté aux gens et en faisant de l'éducation une priorité. Nous avons dû nous adapter plus que d'autres sociétés en choisissant plus ou moins consciemment d'accepter les individus tels qu'ils étaient. Les immigrants, en venant vers nous, ont dû aussi s'adapter et ont ainsi permis à nos sociétés d'intégrer de nouveaux éléments et de rester en mouvement. Certes, il y a eu des abus, il y en a encore et il y en aura probablement toujours. Mais le bilan des sociétés occidentales est malgré cela largement positif. 
  
     « Même des événements comme ceux du 11 septembre ne risquent pas de nous détruire. Car nous somme beaucoup plus adaptables comme individus. »
  
           Un des gros problèmes des sociétés monolithiques est qu'elles risquent à chaque fois d'imploser ou d'exploser quand des éléments nouveaux surviennent. Nous, pas du tout. Même des événements comme ceux du 11 septembre ne risquent pas de nous détruire. Car nous somme beaucoup plus adaptables comme individus. 
  
           On veut nous faire croire que si nos valeurs étaient différentes, tout se serait passé différemment. Le problème est qu'on peut toujours faire les hypothèses et les choix que l'on veut, il y aura toujours des contraintes. Il y aura toujours des gens pour vouloir profiter de la situation et quoi qu'on fasse pour tenter de l'empêcher, il existera toujours des failles. Et il y a aussi ce que j'appelle le syndrome « Replay », du nom d'un roman de Ken Grimwood publié il y a un certain nombre d'années. Dans ce roman, le personnage principal meurt au début, puis ressuscite trente ans auparavant, dans sa chambre d'université. Il se souvient de toute sa vie « antérieure » et est donc amené à faire des choix différents qui finiront par sa mort au même moment qu'au début du roman, et sa renaissance, qui l'amèneront à faire d'autres choix, et ainsi de suite. Chaque choix en amenant d'autres, on s'aperçoit entre bons coups et catastrophes qu'il est aléatoire de faire des prédictions sur l'avenir. 
  
           En plus, il est par essence même impossible de discuter avec des extrémistes. Peu importe ce que l'on pourra tenter, ces gens ne seront jamais satisfaits tant que toutes les personnes, idées ou sociétés différentes de ce qu'ils prônent n'auront pas disparu ou se seront transformées à leur image. Une chose pour le moins impossible à réaliser. 
  
Des politiciens déphasés 
  
          Les relations entre les individus sont beaucoup plus complexes que tout ce qu'on peut imaginer. Il est impossible de tout réglementer. Certes, les différentes corporations, organisations, groupes de pression, par l'entremise de nos gouvernements, cherchent à mieux contrôler les individus et leurs relations avec autrui. C'est pourquoi selon moi les politiciens ont tendance à mettre de l'avant toutes les idées collectivistes qui leur parviennent aux oreilles. Pourtant, malgré toute cette propagande, l'individualisme gagne de plus en plus en popularité auprès de la population. Et l'écart grandissant entre les gouvernements et la population entraîne la méfiance de cette dernière envers ses élus, une excellente chose selon moi. 
  
          Le véritable débat public se fait à l'écart de celui qui oppose la classe de politiciens qui nous gouvernent. Et surtout, il est beaucoup plus large que les simples préoccupations populistes de ces derniers. Et même si bon nombre de gens se contentent de bêler en cadence avec nos élus, il arrive que d'excellentes idées émergent, puis gagnent la population. Mais pour cela, il faut accepter que soient lancées bon nombre d'idées plus ou moins intéressantes, parce qu'irréalistes, passées date ou autres. 
  
          Certes, je ne peux empêcher les gens de prôner ce retour aux « vraies » valeurs, puisque je me mettrais en porte-à-faux avec moi-même. Cependant, je m'interroge sur leurs buts, qui me semblent pour le moins dangereux pour l'avenir. Nous avons besoin de tous les gens, de toutes les expériences et viser l'avènement d'une société utopique ne me semble nullement une voie d'avenir, quoi qu'on en dise. 
  
 
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