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Montréal, 18 janvier 2003 / No 117 |
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par
Christian Michel
Je dînais l'autre soir avec trois Genevois, un maître-assistant à l'Uni (Université de Genève) et deux journalistes. Nous parlions des femmes. À mon total ébahissement, ces jeunes gens, fleurons de l'intelligentsia locale, payés pour penser, se mirent à débiter les plus grandes âneries du féminisme, comme s'ils y croyaient: sociétés patriarcales, femmes battues, disparités salariales, tout a défilé. Pire même, il me semble qu'ils croyaient vraiment à leurs inepties. |
J'ai passé 20 ans de ma vie à seriner que mes produits étaient
les meilleurs du monde et à dépeindre les calamités
qui allaient fondre sur ceux qui s'en priveraient: pertes de marchés,
dépôt de bilan, reprise par une société grecque...
Personne n'était dupe. Pas plus que personne ne pense sérieusement
que Persil lave plus blanc ni que Coca est bon pour nous. Il faut être
un nigaud pour croire les politiciens, les expert médiatiques, Albert
Jacquard et les dirigeants d'ONG. Tous n'ont pour but que d'attirer l'attention.
Ils font du bruit, pas du sens.
Les slogans féministes ces temps-ci font peu de bruit, mais encore moins de sens. Alors quand des universitaires réputés intelligents propagent ces sottises, n'est-il pas salutaire de réagir? Le discours féministe est fondé sur la culpabilisation. Comme le tiers-mondisme, il est un exercice de victimolâtrie. Dans ce domaine, mes interlocuteurs suisses ont suivi des années d'entraînement intensif. Leur petit peuple sans histoire, sans guerre depuis deux siècles, sans empire colonial, est aujourd'hui responsable officiellement de la spoliation des juifs, de la misère africaine, de la crise argentine, du recyclage de l'argent sale, et de deux ou trois autres infamies. Pensez si l'on y bat sa coulpe entre chaque fondue! Mais nous tous, bien au-delà des Alpes, n'échappons pas à cette manipulation qui nous fait prendre chaque malheur pour un crime et chaque inégalité pour une injustice. Sans vouloir être exhaustif, tant est longue la liste, j'ai relevé quelques fantasmes du féminisme ordinaire. L'oppression La société patriarcale opprimerait les femmes. Mais depuis la première moitié du siècle dernier, elles ont le droit de vote. Et massivement, elles votent... pour des hommes. On ne veut pas les soupçonner de masochisme, mais on a du mal à comprendre une population d'opprimées qui perpétuerait elle-même le pouvoir de ses oppresseurs. L'exploitation Les femmes ont les mêmes parents que les exploiteurs, appartiennent aux mêmes classes sociales riches ou pauvres, reçoivent aujourd'hui la même éducation, bénéficient des mêmes conditions de vie, ont plus ou moins la même consommation – sauf qu'une grande partie qui n'exerce pas d'emploi salarié achète, avec l'argent de ses exploiteurs, pour 200 milliards d'euros chaque année de produits cosmétiques. Exista-t-il dans l'Histoire une classe exploitée qui dépensât plus en produits de luxe que ses exploiteurs? La prison conjugale La mariage est la prison des femmes, clament les féministes. Prison rêvée, alors, impatiemment désirée, quand on considère les millions de livres et les marathons télévisuels en toutes les langues vantant les intrigues de la jolie héroïne pour se faire mettre la bague au doigt par son volage amoureux... Et quelle délicieuse prison que celle qui nous fait inviter tous nos amis à une grande fête le jour d'y entrer! Le double travail La femme qui travaille, travaille deux fois. Après le boulot, elle se coltine les tâches ménagères. Cependant quand un homme passe son samedi à remplir la déclaration de revenus du foyer et le dimanche à repeindre la chambre du petit, il ne se plaint pas d'un Les femmes battues Les hommes sont des brutes et les femmes sont battues. En réalité, les femmes manifestent autant d'agressivité que les hommes, mais leur faiblesse physique relative leur fait éviter le corps à corps. Elles compensent en lançant des objets, des pots d'eau bouillante, en empoisonnant, ou en frappant leur compagnon quand il dort ou il est ivre (ce qu'il mérite sans doute dans ce dernier cas). Disons que si une femme trouve difficile de confesser qu'une brute lui a mis un oeil au beurre noir, on peut imaginer le sérieux avec lequel les gendarmes recueilleraient la plainte d'un homme qui exhiberait la bosse laissée par le rouleau à pâtisserie de sa compagne. Les statistiques des violences conjugales, par conséquent, laissent apparaître plus de victimes féminines que masculines, mais même si ces dernières sont une minorité, et ce n'est pas certain, elles sont loin d'être l'exception.
Dans un entretien au début de sa carrière, Michel Foucault avait rappelé qu'une agression est punissable, quelle que soit la victime, et qu'il n'existait pas de raison de traiter le viol différemment des autres agressions. Le tollé des milieux bien-pensants faillit l'enterrer, et notre philosophe national ne revint jamais sur le sujet. Je pense pourtant qu'il n'avait pas tort. Le viol d'une femme n'est un crime particulier qu'en ceci qu'il peut créer une seconde victime, un enfant non-désiré. En l'absence de cette circonstance aggravante et relativement rare, il est sexiste de traiter différemment l'agression subie par une femme et celle subie par un homme. Le « plafond de La plus inepte doléance des féministes, cependant, reste l'affirmation que les femmes sont moins bien payées que les hommes, à compétence et responsabilité égales. Entre 20 et 30% de rémunération en moins, affirment-elles. Si ce chiffre était vrai, les rapaces capitalistes ne délocaliseraient aucune production. Il leur suffirait de n'embaucher que du personnel féminin. L'entreprise 100% féminine casserait les prix de ses rivales mixtes. Comme le marché ne voit pas fleurir ces entreprises roses, il faut conclure:
La revendication légitime D'où vient alors que tant de femmes se sentent exploitées, au point de culpabiliser les hommes, et pas seulement mes trois braves suisses? On peut constater que les hommes, dans leur majorité – ce n'est pas une règle absolue – ont des comportements bien à eux, hérités de leur biologie et de l'histoire. Leur masse musculaire est plus développée. Ils attachent un plus grand prix à l'action qu'à la relation. Leur mode cognitif est plus abstrait, celui des femmes plus intuitif. On verra donc naturellement plus d'hommes dans les fonctions qui requièrent leur force physique (l'armée de terre, le bâtiment...), ou un engagement dans l'action et une capacité d'abstraction et de planification élevés (qui sont les qualités attendues des ingénieurs, des chauffeurs de taxi, des PDG et des politiciens...). Pour me sentir inférieur à quelqu'un, il faut que je me mesure à lui. Je ne me sens nullement surclassé par Zidane et Houellebecq, parce que je ne suis ni footballeur ni romancier. Les femmes ne risquent d'être dominées par les hommes qu'en jouant aux mêmes jeux. Or pourquoi le souhaiteraient-elles, alors qu'elles ne cessent de dénigrer les grossières valeurs viriles? Elles exaltent au contraire les qualités maternantes de douceur, de compassion, de dialogue, de spontanéité... Ces féministes n'ont pas tort. Cependant il ne peut exister que deux façons de changer le monde (et les féministes se retrouvent ici devant le même dilemme que les libertariens):
Le lucide anarchiste américain Lysander Spooner, dès 1877, recommandait déjà aux suffragettes qui militaient pour le droit de vote: En prétendant se pousser à tous les échelons de la société à coups de mesures administratives, en exigeant des Cette revendication d'une société plus injuste a pris des proportions alarmantes en Amérique du Nord. On comprend que les hommes s'y sentent menacés. Pour une fois, l'Europe est plus respectueuse du Droit. Il faut s'en réjouir pour le présent, mais rester vigilants pour l'avenir.
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