Montréal, 31 août 2002  /  No 108  
 
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Christian Michel est propriétaire du site Liberalia.
 
PHILOSOPHIE LIBERTARIENNE
 
RÉFLEXION SUR LA CITOYENNETÉ (1):
CITOYEN OU LIBÉRAL?
 
par Christian Michel
  
  
          Il est deux modes possibles d'interaction pour les êtres humains en société. Le premier est légitime. Il est également le plus beau. C'est la Parole. Elle est la promesse des amants, l'invitation à l'ami, l'engagement du fournisseur, l'accord du banquier, le contrat des sociétaires... « Donner sa parole » est bien l'expression la plus accomplie de sa liberté. Je la donne si je veux, à qui je veux, à quelqu'un qui peut la refuser, et, surtout, elle ne contraint personne d'autre que moi.
 
          L'autre mode d'interaction dans la société démocratique est le Vote. Non pas l'accord entre égaux qui se lient réciproquement, mais la volonté d'imposer une politique à autrui, par les armes s'il le faut. Non pas l'acte revendiqué haut et fort, mais le bulletin anonyme. Non pas la parole, mais la voix. 
  
          Le terme « voix » indique bien d'ailleurs l'imaginaire démocratique d'une assemblée de village rousseauiste. Paradis perdu avant même d'avoir été habité. Le citoyen y aurait proclamé son opinion, haranguant pour convaincre. Tel ne fut jamais l'homoncule démocratique. Muet devant sa télé, isolé dans l'isoloir, impuissant devant l'administration, il est bien incapable d'articuler quelque discours que ce soit. Un peu moins que d'un perroquet, son vocabulaire se compose d'une quinzaine de mots: PCF, FN, PS, DL, RPR, OUI, NON... et c'est avec ceux-là qu'il s'exprime. On comprend qu'il ait les idées courtes.  
  
Le citoyen inutile et nuisible 
  
          En tant que tel, le citoyen n'est pas seulement inutile (il ne travaille pas, ne produit pas de richesse), mais il est gêneur: il demande des lois sur le travail des autres et la redistribution de leurs richesses. Il n'offre pas de son temps ni de son argent aux plus démunis; il réclame des impôts. Le citoyen ne s'adresse pas à ses pairs, il ne connaît que le Pouvoir. C'est seulement par la médiation du Pouvoir, et si celui-ci le veut bien, qu'il peut agir sur le monde. 
  
          La cité démocratique ressemble à un immense sérail, où sollicitent, revendiquent, se plaignent, quémandent des citoyens, plus vulgaires et nombreux que des courtisans, mais tout aussi impuissants. Le citoyen se flatte d'être civique, alors qu'il n'est que soumis. Sa morale se résume à une unique décision: collaborer activement avec le pouvoir ou le subir sans regimber. Certes, en démocratie, une petite majorité peut se flatter d'avoir imposé son maître à la minorité. Admirable succès, vraiment, qui permet de remplacer Bonnetblanc par Blancbonnet! 
  
     « La cité démocratique ressemble à un immense sérail, où sollicitent, revendiquent, se plaignent, quémandent des citoyens, plus vulgaires et nombreux que des courtisans, mais tout aussi impuissants. »
 
          Au ci-devant citoyen, épave de l'Histoire laissée sur le sable par la mondialisation, opposons les libéraux. Le libéral ne demande rien au Pouvoir que la paix. Qu'on la lui fiche! Sa vie, il la gouverne lui-même. Alors que le citoyen est dans une relation verticale, tourné vers le sommet de la pyramide, d'où tout lui vient, le libéral forme des réseaux. Le libéral n'entre pas dans une logique politique. Il éprouve une satisfaction de constater que ses compétences sont utiles aux autres, qu'il les dispense contre paiement ou pas. Dans ces relations volontaires, se situe sa vie publique. Il ne veut rien imposer à ceux qui ne lui demandent rien. Contrairement à celui du citoyen, le monde libéral ne se divise pas entre nationaux et étrangers, majorité et minorité... Le libéral se trouve des affinités avec certaines personnes, moins avec d'autres. 
  
Le libéral n'a que faire de la politique 
  
          Cette distinction est la seule qu'il place entre les êtres humains. Le libéral choisit avec qui s'associer, le citoyen ne décide pas qui peut être français. Ainsi, la communauté libérale n'est pas politique, elle n'est pas imposée par les hasards de la naissance et l'arbitraire des hommes de l'État, mais par les engagements de chacun. Le libéral ne laisse à personne le soin d'exclure ou d'inclure ceux avec qui il souhaite vivre et travailler. Les seules frontières qu'il reconnaît sont celles qu'il trace lui-même. 
  
          Étymologiquement, pour les Grecs, l'« idiot » est celui qui ne participe pas aux débats de l'agora. Le libéral n'est pas cet égocentrique cocoonant, replié sur lui-même. Il ne vote certes pas (quelle vilaine action que de chercher à imposer une législation à ceux qui n'en veulent pas!), mais il est profondément engagé dans la vie publique, auprès de son entreprise et des associations multiples, où il combat pour toutes les beautés contre toutes les souffrances. 
  
          Laissant le braillard citoyen réclamer qu'on fasse, le libéral fait. Il appelle ses amis, ils retroussent leurs manches, et ils y vont! Le libéral n'a pas besoin des hommes de l'État. Eux ont besoin de lui. La relation avec les hommes de l'État est à sens unique, parasitaire. Le libéral s'acquitte de l'impôt et se soumet aux législations comme on traite avec des racketteurs qui peuvent être dangereux, en ayant aucun scrupule à leur échapper et à les tromper. 
  
          Le libéral n'a que faire de la politique. Il respecte la dignité et la propriété d'autrui. Il honore sa signature et tient consciencieusement ses engagements. Il s'attend à être traité de même. Voilà ses seules lois. 
  
 
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