Montréal, le 1er août 1998
Numéro 17
 
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LE MARCHÉ LIBRE
 
LE PLUS GRAND MARCHÉ
AUX PUCES DU MONDE
  
par Pierre Desrochers
  
 
          On ne comptait en juin 1993 qu'environ 130 sites Web de par le monde. Toutefois, comme les lecteurs du Québécois Libre le savent, le nombre de sites a littéralement explosé par la suite, à un point tel que l'on en dénombrait plus de 650 000 en janvier 1997.
 
          Si le nombre d'usagers du Web a crû de façon exponentielle, plusieurs d'entre eux ont toutefois été réticents à utiliser la Toile pour conclure des transactions commerciales. Cela s'explique notamment par la piètre performance des premiers « Usenet » à cet égard. Ainsi, s'il était possible d'afficher un produit sur ces babillards, il était à toutes fins impossible de savoir s'il avait été vendu ou d'en jauger l'intérêt réel. Le vendeur était également à la merci des gestionnaires de sites qui pouvaient simplement effacer une annonce selon leur bon plaisir. Les consommateurs ne disposaient pour leur part d'aucune information valable sur la crédibilité des vendeurs. L'absence de confidentialité lors des transactions était cependant considérée comme le principal handicap à l'essor du commerce électronique.
 
Un marché à découvrir 
  
          Conscients à la fois des problèmes et des potentialités du commerce électronique, certains entrepreneurs et compagnies déjà établies dans d'autres domaines (notamment Times Mirror) ont alors entrepris de mettre au point une structure souple, efficace et sécuritaire pour faciliter les transactions sur le Web. Le premier site d'enchères électroniques, eBay, a ainsi vu le jour en 1995 et plus de 15 millions d'enchères y ont été tenues depuis sa conception. 
  
          Pour un prix modique (variant de 1 à 5% du montant transigé), eBay sert d'intermédiaire entre les vendeurs et les acheteurs. Ce service compte aujourd'hui plus de 850 000 usagers inscrits et tient désormais plus de 500 000 enchères chaque jour. Plus de 70 000 nouveaux items s'ajoutent quotidiennement à la liste des produits offerts et près de la moitié d'entre eux trouvent preneurs. 
  
          On trouve évidemment plusieurs types d'enchères sur ces sites. Ce service ne garantit toutefois pas les produits vendus. La surveillance de ce système est assurée par les usagers eux-mêmes au moyen d'annonces électroniques et de cotation sur la crédibilité des acheteurs. La plupart des usagers semblent toutefois satisfaits de cette façon de procéder. 
 
Plus rentable que les petites annonces 
  
          Les principaux bénéficiaires des enchères électroniques sont, outre les consommateurs, les petits entrepreneurs. Ces derniers économisent ainsi des sommes importantes en frais d'administration tout en ayant accès à un marché global. Ils y ciblent des créneaux spécifiques tout en se faisant garantir un prix plancher pour leurs articles sur la plupart des services. Selon plusieurs usagers, l'utilisation de telles enchères électroniques serait beaucoup plus rentable que celle des traditionnelles annonces classées. 
  
          Outre les grands bazars ou l'on transige des produits dont la valeur varie généralement entre 1 $ et 10 000 $, on trouve un nombre grandissant d'encans specialisés où des entreprises transigent entre elles. Des analystes de Forrester Research Inc. ont estimé que le montant des transactions de ce genre devrait excéder 8,7 milliards de dollars cette année. 
  
          Les principaux sites corporatifs sont, on s'en doute bien, ceux des fabricants de puces électroniques et de semi-conducteurs. On trouve également plusieurs sites spécialisés, notamment pour le vin (WineBid), les voyages (TravelBids), les bandes dessinées (Mile High Comics) et les cartes sportives (Currans Auctions). 
  
          Les enchères électroniques sont toutefois encore en période de rodage. Certains abus ou ratés du système, comme par exemple la non-livraison de certains articles ou des prix sans commune mesure avec la qualité réelle des produits, ont ainsi été signalés. C'est ainsi que 352 cas de fraudes (sur, rappellons-le, plusieurs centaines de milliers de transactions) ont été rapportés à la Federal Trade Commission (FTC) américaine l'an dernier. Il n'en fallait pas plus pour que les bureaucrates fédéraux américains réclament plus de pouvoirs afin de policer davantage ce secteur en pleine expansion. On se demande toutefois si l'enjeu en vaut vraiment la chandelle, le niveau de fraude en matière de commerce électronique n'excédant pas celui du commerce conventionnel. Si le commerce électronique n'est pas sans risque, nul n'est toutefois obligé d'y recourir. 
  
 
 
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