Montréal, 20 décembre 2003  /  No 135  
 
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MOT POUR MOT
  
L'ART CONTEMPOURIEN À LA RESCOUSSE
DE L'ART CONTEMPORAIN
 
 
          Au fil des années, j'ai consacré quelques papiers aux arts visuels, tantôt pour en rire (voir HITCHCOCK AU MBA OU L'ART D'EXPOSER N'IMPORTE QUOI, le QL, no 75, LES FRANÇAIS ET L'ART: UNE DRÔLE DE RELATION, le QL, no 77, CROÛTES, PORNO ET MONOCHROMES: AH! L'ART CONTEMPORAIN..., le QL, no 127), tantôt pour en dénoncer la dépendance aux fonds publics ou l'hermétisme (voir ARTS VISUELS: DÉCONNECTÉS ET INATTAQUABLES!, le QL, no 129, et plus récemment, LES ARTS VISUELS AU QUÉBEC, UN UNIVERS CLOS ET AUTOSUFFISANT, le QL, no 134). 
  
          J'ai récemment fait la découverte d'un groupe de peintres qui font de l'art contemporain, mais, Ô surprise!, du beau! Quoi, c'est possible? Eh oui, l'art contemporain n'est pas nécessairement synonyme de gribouillis ou de monochromes. Il y a de l'espoir. Pour vous dire, ces artistes font des tableaux que je n'hésiterais à accrocher chez moi. 
  
          Voici donc quelques textes et photos issus de leur site qui présentent leur travail et leur philosophie. 
  
  
G. G.
  
  
 
ART-CONTEMPOURIEN-ASSOCIATION
  
  
          L’art-contempourien-association (ACA) a pour objectif de valoriser par un travail de communication allant de la simple exposition jusqu’à l’action pédagogique l’art contempourien c’est-à-dire l’oeuvre d’artistes qui ne souscrivent pas à l’académisme de l’art contemporain prôné par l’institution ni à l’académisme de l’art commercial commandé par la plupart des marchands. 
  
          L'ACA, c'est quatre artistes de la région de Lyon qui depuis plusieurs années constatent que l'art contemporain tel qu'il est présenté par les galeries ou les musées ne leur procure aucun enthousiasme. Il leur procure même de l'ennui quelque fois – chose qu'une oeuvre d'art digne de ce nom leur avait toujours paru incapable de produire.  
  
          Cette étrange constatation n'était-elle pas inquiétante? Après de sérieuses introspections qui établirent qu'aucune anomalie psychologique ne permettait d'attribuer l'insatisfaction de ces quatre artistes à eux-même, la question suivante se trouva posée: L'art perdrait-il de son intérêt sitôt qu'il se soucie d'être contemporain? 
 
Pierre Guion
Bernard Rouyard
Pierre Guion • En marge d'une peinture qui s'appuie sur le spectacle de la réalité qui l'entoure, il entreprend des oeuvres dont l'inspiration lui est fournie par les chapiteaux historiés de l'âge roman.
Bernard Rouyard • La réalité, en tant que spectacle du monde sensible reste son réservoir d'inspiration.
Christophe Marion
Rémo Réa
Christophe Marion • La force de son dessin impose à la couleur de s'introduire d'abord avec discrétion dans ses tableaux.
Rémo Réa • Son amour de la nature le pousse à planter son chevalet en plein air souvent dans ces paysages du Sud Est lyonnais dont il est voisin.
 
          Songeant entre bien d'autres chefs-d'oeuvre à la Venus de Willendorf aujourd'hui encore vaillamment porteuse de modernité, nos quatre anxieux artistes se reconnurent convaincus de cette capacité de l'art à proposer des vérités éternelles, et songeant aussi à toutes ces oeuvres, à tous ces genres qui n'eurent qu'un temps parce que précisément ils correspondaient trop bien à ce temps, ils se déclarèrent aussi convaincus du refus que l'art opposait à ceux qui voulaient ne lui faire répéter que des vérités du moment.  
  
          Assurés donc de l'insanité qu'il y avait à associer le substantif « art » avec l'épithète « contemporain », ils ont cherché à désigner autrement l'art qu'ils tentaient de réaliser ici et maintenant. En vain. L'art est ou n'est pas. Mais qui peut prétendre trancher et déclarer que telle oeuvre est d'art et non telle autre? 
 
          Alors nos quatre peintres et piètres philologues décidèrent d'appliquer la stratégie dont ils usaient ordinairement lorsqu'une difficulté semblait pouvoir menacer leur quiétude: ils sont allés s'asseoir à la terrasse d'un café, ont commandé quelques bocks et à l'ombre d'un peu d'ironie leur permettant de mieux supporter la chaleur cuisante de leur échec, ils ont estimé qu'à tout prendre, compte tenu de la conjoncture, l'art pour lequel ils étaient prêts à sacrifier leur temps supporterait mieux d'être qualifié de « contempourien » que de « contemporain ». 
  
          Emportés par les mots dont la douceur du lieu et du moment favorisait l'effervescence, Pierre Guion, Bernard Rouyard, Christophe Marion et Rémo Réa rédigèrent le Manifeste de l'art contempourien. 
 
 
  
MANIFESTE DE L'ART CONTEMPOURIEN
  
L'art contempourien est un mouvement qui loin de s'opposer à celui de l'art contemporain propose au contraire de ressusciter celui-ci qui lui paraît bien mort.  
  
Comme rien ne compte pour lui et qu'il sait qu'il sera toujours content quoiqu'il arrive, l'art contempourien propose à l'art contemporain d'échanger son nom contre le sien. Ainsi l'art contemporain deviendra-t-il l'art contempourien et recevra-t-il de ce nouveau baptême l'énergie, la vaillance, l'ardeur donquichottesque dont il manque aujourd'hui et qui animent au contraire si plaisamment les rangs de ceux qui se battent pour l'art contempourien.  
  
En effet les musées d'art contemporain sont des tombeaux où des tentatives d'art prématurément embaumées gisent, déjà élevées au rang de momies. Mais il n'y a momie qui vaille que momie de ce qui a vécu.  
  
Or, nous voyons bien que le coeur de ces oeuvres toutes récentes et déjà embaumées, à la différence de celui d'oeuvres plus anciennes qui nous éclairent encore, n'a jamais battu.  
  
Alors vite, ressuscitons la vie dans l'art d'aujourd'hui! Ayons confiance! 
  
Trop de grands peintres, de trop grands peintres nous protègent de leur exemple pour que nous n'essayions pas de nous redresser lorsque nous sentons le doute inhérent à l'heure présente nous attirer dans son gouffre stérile. Le visible nous plaît? L'espace, la lumière, la chair des choses, l'âme des choses, notre âme, toutes ces catégories où fouille le peintre à l'ouvrage ne nous paraissent point épuisées depuis Lascaux? Nous avons raison. Prenons parmi elles, servons-nous, cherchons-y notre bonheur! 
  
Au pire nous ne ferons rien d'autre qu'un plagiat, ce qui n'est pas si grave, au mieux nous ferons un chef-d'oeuvre. 
  
Mais un chef-d'oeuvre, est-ce que cela ne justifie pas toutes les entreprises? L'espoir d'accomplir un chef-d'oeuvre n'est-il pas de taille à soutenir une vie? 
  
En route! 
  
Prenons le chef-d'oeuvre comme point de mire, munissons notre regard de puissantes oeillères, couvrons notre esprit d'oreillettes solides qui nous rendront sourds aux critiques des impuissants, et n'écoutons plus que notre courage, notre respect pour nos maîtres et les gémissements du plaisir dont le visible comble notre sensualité! Empoignons nos pinceaux! Retournons devant le paysage, les deux pieds dans la glaise! Là, travaillons à nous abrutir, car c'est dans la brute que sommeille l'ange et il n'y a qu'elle qui puisse l'éveiller! Puis revenons à l'atelier et cherchons! Il faut trouver le style. Il faut reprendre la lecture des livres d'art sans oublier de s'arrêter là où la peinture s'arrête. Mais livres et motifs ne sont que recueils de semences et ce n'est pas la durée de l'accouplement qui garantit la force du fruit. C'est à présent l'énergie de la germination qu'il faut chercher en nous, rien qu'en nous pour la communiquer au grain jusqu'à ce qu'une éclosion vienne récompenser nos efforts et nous convaincre de les recommencer. Alors vraiment, oui, nous serons dignes de notre bannière, dignes de recevoir le vocable vénérable d'artiste contempourien.  
  
Et comme entre temps l'art contemporain aura accepté notre généreux échange de noms, nous daignerons recevoir en retour celui d'artiste contemporain, si précieux dans cette société pour laquelle ceux qui n'ont pas de nom comptent pour rien.  
  
  
Pierre GUION • Christophe MARION • Bernard ROUYARD • Rémo RÉA
 
 
 
          Dans un monde où « l'académisme », c'est-à-dire l'art tel qu'il est voulu par les institutions (les écoles, les musées...), n'a jamais été aussi dominant, nous avons pensé qu'il était peut-être bon que nous nous réunissions afin d'augmenter par différentes actions la force, le rayonnement et la durée de notre existence ainsi que l'existence de tous ceux dont le travail pourra être considéré à la fois par eux et par nous comme relevant du manifeste d'art contempourien.  
  
          Ces actions consisteront selon les opportunités en un travail de communication entre nos ateliers et le public (expositions d'oeuvres, constitution de catalogues, travaux de peinture in situ, illustrations, publications, conférences, transmission de notre expérience par des cours, des stages...) destiné à valoriser notre oeuvre. Malgré tous nos efforts beaucoup de ces actions ne pourront être possibles sans votre soutien. C'est pourquoi nous vous proposons de devenir membre adhérent de notre association. 
Pierre Guion
 
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